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Emmanuel De Vienne

Docteur (2011)
Institution(s) de rattachement : Université Paris 10 - Nanterre

 

 emmanueldevienne@gmail.com  

 

 

Traditions en souffrance. Maladie, chamanisme et rituel chez les Trumai du Haut Xingu, Matto Grosso

  • Directeur de thèse : Philippe Descola (EHESS/LAS/Collège de France).
  • Membres du Jury : Carlo Severi (EHESS/LAS), Carlos Fausto, Stephen Hugh-Jones, Patrick Menget, Aurore Monod Becquelin
  • Discipline : Anthropologie sociale et ethnologie.
  • Date et lieu de soutenance : 10 janvier 2011, Paris.

 

Résumé

Qu’est-ce qu’une société qui ne cesse d’affirmer avoir perdu sa culture peut nous apprendre sur la tradition et sur les mécanismes de sa transmission ? Ce travail, fondé sur une enquête de 20 mois entre 2003 et 2008, cherche à répondre à cette question à travers une ethnographie de la maladie et de ses traitements chez les Trumai d’Amazonie brésilienne (Mato Grosso). Les Trumai se trouvent en effet sur le mauvais versant de la tendance contemporaine à l’exhibition et à la préservation des traditions autochtones, tendance pourtant particulièrement vivace dans la société plurilinguistique et pluriethnique du Haut Xingu à laquelle ils appartiennent. Alors que leurs voisins et partenaires matrimoniaux au sein de cet ensemble régional ont accédé au statut d’Indiens prototypiques dans le Brésil contemporain, eux souffrent du stigmate de l’acculturation. Plus affectés par le passé que les autres par les conflits interethniques, ils sont aujourd’hui politiquement et géographiquement éclatés, et ont perdu certains signes extérieurs d’indianité pourtant normatifs, comme les rituels intertribaux et la présence de chamanes actifs au sein des villages. La maladie et la souffrance n’en continuent pas moins d’être interprétées largement selon une grille chamanique.

L’absence de chamane a néanmoins des conséquences pour l’enquête : la parole du spécialiste est remplacée par celle des profanes, qui interdit par ses hésitations, sa variabilité et ses aveux d’ignorance de formuler un système de sens cohérent et totalisant qui serait celui du « chamanisme du Haut Xingu ». Ceci se révèle être un atout si l’on cherche à mettre à jour non une cosmologie ou le contenu de la tradition mais sa forme et la dynamique de sa constitution et de sa transmission. Dans cette entreprise, les recherches de P. Boyer sur la tradition et celles de M. Houseman et C. Severi sur le rituel constituent un point de départ utile en ce qu’elles permettent de préciser le type de questionnement auquel cet ouvrage se propose de répondre : comment se construisent les catégories ontologiques chamaniques ? Comment et dans quels contextes est-on conduit à y croire ? Comment expliquer la répétition, i.e. le fait qu’un rituel conduise à un autre rituel, de même nature ou de nature différente ? Quels sont les ressorts de l’autorité du chamane et de ses rituels ? Pour répondre à ces questions, l’ouvrage présente de manière séquentielle un parcours pathologique type, allant de la rencontre en forêt d’un esprit ou d’un sorcier à l’initiation chamanique, en passant par les diverses ressources thérapeutiques possibles chez les Trumai. Ce faisant, on cherche à identifier les correspondances et les liens causaux entre ces moments. L’attention à la dimension pragmatique de ces interactions permet de montrer que c’est souvent à ce niveau que ces liens s’établissent : définition de l’énonciateur, postures corporelles, gestes, chorégraphies et émotions.

La thèse est organisée en 5 chapitres. Le premier est consacré aux dynamiques ethnogénétiques complexes qui ont contribué à la physiologie originale et à bien des égards paradoxale du groupe Trumai. Le deuxième présente un panorama général de la maladie et de ses causes, qui reflète une dichotomie importante mais non exclusive entre deux types d’agents : les esprits denetsak et les sorciers, ce système étiologique ayant une grande productivité pour la compréhension des dynamiques sociales. Dans le troisième chapitre, on se penche sur les rencontres inopinées et pathogènes des esprits denetsak, envisagées aussi bien comme  des expériences vécues que sous leur forme discursive, et l’on s’efforce ainsi de restituer la façon dont cette catégorie ontologique se constitue. Cette rencontre est, dans le chapitre suivant, considérée comme une matrice interactive élémentaire qui peut éclairer les diverses ressources thérapeutiques mobilisées pour un patient trumai. Enfin, le cinquième et dernier chapitre abandonne le seul point de vue des Trumai pour proposer une hypothèse sur l’initiation chamanique dans le Haut Xingu. La comparaison de deux destinées chamaniques radicalement opposées (tant dans les modalités de l’initiation que dans les performances thérapeutiques et visionnaires ultérieures) permet de montrer que la variabilité entre les chamanes, loin de résulter simplement d’écarts plus ou moins important par rapport à une norme unique, est constitutive de l’institution chamanique comme de sa reproduction.

 

Mots-clés

MALADIE, CHAMANISME, RITUEL, SORCELLERIE, AMAZONIE, TRADITION, PRAGMATIQUE, SOUFFRANCE, ESPRITS, INCANTATIONS, CULTURA

Collège de France
CNRS
EHESS
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