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Mélanie Gourarier

Docteure (2012)

  

melanie.gourarier@yahoo.fr

 


Séduire les femmes pour s'apprécier entre hommes. Une ethnographie des sociabilités masculines hétérosexuelles au sein de la Communauté de la séduction en France.

 

  • Directrice de thèse : Marie-Élisabeth Handman.
  • Membres du jury : Anne Monjaret, présidente du jury ; Michel Bozon ; Philippe Combessie ; Éric Fassin ;Marie-Élisabeth Handman ; Mary Leontsini.
  • Discipline : Anthropologie sociale et ethnologie.
  • Date et lieu de soutenance : 28 septembre 2012, EHESS, Paris.

 

Résumé
 

Dans la conclusion de Masculin/Féminin. La pensée de la différence, Françoise Héritier invite de ses voeux le développement de travaux prenant pour objet principal la masculinité. Déplorant le silence, notamment de l’anthropologie dans ce champ, elle avance que « l’âge d’homme, c’est le trou noir et le référent ultime. » Plus d’une décennie suivant ce constat, l’homme – comme « catégorie socio-sexuée » – est resté caché sous les sciences sociales. C’est dans ce contexte scientifique spécifique que j’ai initié une recherche ethnologique auprès d’un groupe constitué exclusivement d’hommes hétérosexuels dont l’objectif explicite est l’apprentissage de la séduction des femmes mettant en jeu « l’expérience masculine ».

Ce groupe, apparu en Californie dans les années 1990, est nommé en France où j’ai mené l’enquête de « Communauté de la séduction ». Originairement organisée en groupe de parole d’hommes, reprenant le modèle émergent du coaching et du développement personnel, la Communauté de la séduction s’est progressivement déployée à l’échelle internationale grâce à l’important essor des réseaux sociaux numériques. Considérant cette structuration spécifique, l’enquête s’est portée simultanément sur l’observation des espaces « en ligne » et « hors ligne » où s’apprend une séduction et s’entretiennent les sociabilités de groupe. Le terrain a ainsi consisté à suivre les séminaires consacrés à la séduction organisés par les coachs dans divers espaces parisiens (cafés, salles de réunion, etc.), ainsi que les discussions conduites entre les apprentis séducteurs sur les sites Internet et les blogs de la Communauté. Afin de compléter ce corpus une série d’entretiens suivis a été menée avec une dizaine d’interlocuteurs durant les trois années de l’enquête. L’importante littérature grise produite par le groupe au travers d’articles et de livres, constitue un dernier mode de recueil des données.

Fondant mes analyses sur une expérience ethnographique de longue durée, je montre comment l’entre-soi masculin et la production de la masculinité, déterminants implicites et majeurs du groupe étudié, sont masqués sous ce qui finit par apparaître davantage comme un prétexte qu’un enjeu : le rapport aux femmes. Postulant que l’invisibilité du masculin n’est pas seulement le résultat de sa « neutralité » sociale – en tant que référent universel – mais une de ses qualités sociales, j’interroge les obstacles à une analyse sociologique de la masculinité et l’intérêt épistémologique d’emprunter un concept tel que celui de « masculinité hégémonique », reprise de l’hégémonie gramscienne par Connell, afin de penser la masculinité comme un processus intriqué dans la question du pouvoir.

Cette recherche propose ainsi une reformulation théorique de la sociologie du genre à partir de l’étude de ce qui se joue du côté des masculinités hétérosexuelles. L’approche empirique que j’ai développée révèle comment la masculinité est un dispositif dynamique et doublement hiérarchisant dans la mesure où s’il subordonne socialement et symboliquement les femmes, il opère simultanément une distinction parmi les hommes en fonction des différents capitaux qu’ils sont susceptibles de déployer dans des contextes donnés.

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