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Chercheurs et Enseignants

Clarisse Herrenschmidt

Chargée de recherche CNRS
Habilitée à diriger des thèses
Retraitée
Institution(s) de rattachement : CNRS

 

Contact

Laboratoire d'Anthropologie Sociale, 52 rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris

Tél : 00 33 (0)1 44 27 18 84

Fax collectif : 00 33 (0)1 44 27 17 66

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Présentation

Anthropologue sans être ethnologue, Clarisse Herrenscgmidt, spécialiste de l’Iran perse et élamite, ainsi que de la Grèce ancienne, pratique l’anthropologie des sociétés anciennes et l’anthropologie des écritures. A partir de la philologie, ses questions se sont tournées vers la religion mazdéenne et l’ont portée à l’anthropologie religieuse : problème du mariage entre proches (« incestueux »), du rituel politico-religieux et de la cosmologie mazdéenne, ainsi qu’à l’analyse de mythes et des idées scientifiques (Démocrite et le mazdéisme iranien).

 Sa formation de linguiste et de philologue l’ont amenée à problématiser l’écriture, non seulement selon le questionnement de la linguistique, c’est-à-dire du rapport que les signes entretiennent avec la langue écrite, mais selon l’axe de l’anthropologie, c’est-à-dire du rapport qu’indiquent les signes sur les idées, les usages et la symbolique de la langue, de la parole et de l’origine du langage, que toute écriture véhicule et dont toute société se soucie.

Rapprochant l’invention de l’écriture des langues en Iran et en Iraq de l’invention de la monnaie frappée en Ionie vers 600 avant notre ère, elle s’est employée à démontrer que la monnaie frappée se fit le vecteur d’une écriture spécifique, celle des nombres et de leurs rapports, depuis la Grèce archaïque jusqu’à 1971, date de la rupture entre le dollar et l’or : pendant des siècles, la monnaie a joué un rôle cognitif, contraignant les populations à s’habituer au calcul – même celles qui ne savaient guère lire ni écrire. Puis, poursuivant  jusqu’à nos jours l’histoire des signes dans la région du monde qui va du Moyen Orient (Iran et Iraq), à la Méditerranée (monde ouest sémitique, Grèce), à l’Europe (Rome, Europe chrétienne médiévale et moderne) et ses extensions (USA), elle a montré que l’informatique puis la téléinformatique constituaient la troisième grande écriture de cette lignée sémiologique.

Nous vivons la troisième révolution graphique depuis qu’à Sumer et à Suse on créa des signes pour les chiffres et les mots, vers 3300 avant notre ère, et qu’à Éphèse on frappa des monnaies, puis quen Grèce ancienne on donna à voir des figures mathématiques sur les pièces.

Chemin faisant, Clarisse Herrenschmidt a pu déchiffrer la légende rédigée par Hérodote, dans le livre 1 de L’Enquête, qui relate, de façon non immédiate mais cryptée, la naissance de la monnaie frappée en Ionie, en relation avec Artémis, ses mythes et son culte, enfin, en relation avec le temple d’Artémis d’Éphèse, appelé l’Artémision. Or, celui-ci, fouillé au tout début du  XXe siècle puis dans les années 1980, fit connaître les tout premiers documents monétaires. Cette légende de la naissance de la monnaie frappée est cryptée car elle repose sur des jeux de mots en langue grecque et sur des allusions, au demeurant nombreuses, à Artémis : son caractère cryptique la rendit incompréhensible à Plutarque au premier siècle de notre ère. Son déchiffrement a été rendu possible par un raisonnement purement scientifique : le rapprochement entre des données précises d’Hérodote, traitée selon une des méthodes de l’anthropologie linguistique avec des objets archéologiques trouvés dans les fouilles : des petites masses globulaires d’argent.

Un lien unit ces trois végétations graphiques que sont l’écriture des langues, l’écriture monétaire arithmétique et l’écriture (télé)informatique : à chaque fois, au moment de leur invention et naissance, une idée motrice a fait son œuvre, et l’artefact qui signifie la machine à signes de l’écriture en train de naître représente en l’externalisant l’organe du corps humain nécessaire à tel ou tel usage sémiologique. Ainsi la bulle enveloppe d’argile, à l’origine de l’écriture en Iran et Iraq au IVe millénaire avant notre ère, représente-t-elle une bouche, organe de la parole. Ainsi le globule d’argent puis d’électrum représenta-t-il, en Ionie, un œil voyant visible, organe de la vie économique pour l’estimation « à vue » des biens. Ainsi Alan Turing, père de l’informatique et Max von Neumann pensaient-ils créer en l’ordinateur un « cerveau électronique ». À chaque fois, cet organe externe et artificiel semble animé, comme son modèle humain, d’un fluide moteur et porteur de signes : la parole, la salive, l’incantation animèrent l’argile à signes, le globule pesé prémonétaire fut animé du fluide vif et lumineux de la lumière – car pour les Grecs archaïques tout ce qui brille voit, tout ce qui voit brille, tout ce qui brille et voit capte et émet le fluide de la lumière -, enfin l’ordinateur fut-il pensé à l’image de son modèle, animé par le fluide électrique, comme le cerveau.

Un autre lien unit des grandes pratiques graphiques qui consistent à écrire la langue, les nombres et le code. Les mythes qui mettent en scène, dans l’écriture, l’émergence de l’Homme, sont inspirés par l’écriture et le système graphique qui les notent : le poème d’Atrahasis (écrit en cunéiforme akkadien, Iie millénaire avant notre ère) démontre que l’écriture se fit le moule où se coula la pensée de l’Homme ; ainsi en va-t-il de la Genèse de la Bible et des textes majeurs d’Hésiode ( actif vers –700) racontant la naissance de Pandore (Théogonie , Les Travaux et les Jours). Si ces mythes dévoilent que l’écriture s’était fait moule où penser l’Homme en situation d’advenir, le phénomène se répète avec l’écriture des nombres et se repère dans l’œuvre de Quételet (Sur l’Homme), qui applique à la connaissance du social la représentation par courbes de Gauss. L’Homme moyen de Quételet, c’est cette fiction mi scientifique mi légendaire dont le corps visible gît dans les courbes, courbe de la force des mains et des reins, courbe du penchant au crime ou du talent littéraire. Rien de neuf avec l’informatique. Le grand texte célèbre d’Alan Turing, expliquant « le jeu de l’imitation »  où un ordinateur remplace un homme pour distinguer un être humain mâle d’un être humain femelle, - jeu qui se joue sur l’Internet sur des sites ad hoc – ce grand jeu théorique a la figure d’un mythe d’émergence, non pas d’un être humain, mais de la machine qui pense : émergence de l’automate du troisième sexe. Tel que Clarisse Herrenschmidt le lit, comme les mythes antiques et comme « l’homme moyen » de Quételet, ce jeu, mythe d’émergence, tient non seulement un discours sur la créature advenante mais sur le régime graphique qui permet le texte : là Turing constitue le langage des nombres écrits en langue réflexive comme une langue  humaine – grand rêve des mathématiciens depuis Hilbert.

L’ouvrage de Clarisse Herrenschmidt : Les Trois écritures. Langue, nombre, code, est paru chez Gallimard, collection Sciences Humaines, en mai 2007 (510 pages).
Si son cadre général est historique, si l’on y croise de la philologie, de l’archéologie, des mathématiques et de la linguistique, c’est un livre dédié à l’anthropologie de l’écriture.

 

Equipe, groupes de recherche

  • Equipe «Mythe, mythologie et psychanalyse » (en cours de création) ;

 

Thèmes de recherche

  • Histoire et anthropologie religieuse de l’Iran mazdéen,
  • Anthropologie de l’écriture.

 

Terrains

  • Les signes écrits de diverses cultures antiques et modernes et l’écriture téléinformatique,
  • Les textes de l’Iran mazdéen.

 

Enseignements et séminaires

Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO)

  • « Histoire de l’Iran antique » ;
  • « Écritures et cultures graphiques ».

 

Ecole du Louvre

  • « Epigraphie élamite ».

 

Principales publications

  • 2007 : Les trois écritures. Langue, nombre, code, Paris, Gallimard/NRF (col. « Sciences humaines »), 500 p. [en 2008, cet ouvrage a reçu le prix Prix Georges Dumézil, de l’Académie Française et le prix Georges Picot de l’Académie des Sciences Morales et Politiques].
  • 2005 : “ De la monnaie frappée et du mythe d’Artémis ”. Techniques et culture 43-44 ; 61-92.
  • 2005 : «Political Theology of the Achaemenids ». G. Filoramo (ed) Teologhie Politiche. Modelli a confronto. Brescia, La Morcelliana ; 31-44.
  • 1999 : Écriture, Monnaie, Réseaux. Inventions des Anciens, Inventions des Modernes ». Le Débat n° 106 ; 37-65. Traduction italienne : “ Scrittura, monetizzazione e rete informatica : invenzioni degli antichi, invenzioni dei moderni ”, in G. Bocchi e M. Ceruti (eds), Origini della scrittura. Genealogia di un’invenzione. Milan, B. Mondadori ; 91-129.
  • 1996 : « Entre Perses et Grecs, I. Démocrite et le mazdéisme. Religion, Philosophie, Science ». Transeuphratène 11 ; 115-143.
  • 1996, en collaboration avec Jean Bottéro et Jean-Pierre Vernant. L’Orient ancien et nous. L’écriture, la raison, les dieux. Albin Michel .223p. Ma participation s’intitule « L’écriture entre mondes visible et invisible », pp. 93-188. Réédition Hachette Pluriel 1998. Traduction italienne de mon texte seul « L'Invenzione della Scrittura. Visibile e invisibile » in Iran, Israele e Grecia, Milano, Jaca Book, 91p (1999). Traduction anglo-américaine complète: Ancestors to the West. Writing, Reasoning, and Religion in Mesopotamia, Elam, and Greece, The University of Chicago Press (2000).

 

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