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ANR Exogénèses
La production d'“objets-frontières” dans l'art en Europe depuis 1500

 

 Au cours de son histoire, l’Europe n’a cessé de porter témoignage, à travers son art, de l’attrait exercé sur elle par ce qui vient d’ailleurs. Ce goût s’est certes traduit visuellement par des démarches formelles et des sujets nouveaux. Mais il s’est aussi traduit physiquement, dans la matière même de certains objets qui, produits à partir d’élèments végétaux ou animaux, de matériaux, de techniques, de savoirs ou même d’objets entiers d’origine extra-européenne, conservent ainsi la trace de leur « exogenèse » : du nautile des mers du Sud monté par des orfèvres allemands au cours du XVI° siècle aux installations de certains artistes contemporains, en passant par les céramiques chinoises, japonaises et islamiques remontées à l’âge baroque ou au XIX° siècle, ainsi que les panneaux de laque extrême-orientaux réutilisés en ébénisterie, etc.

Ces objets qui invitent à s’interroger non plus seulement sur la question des influences ou des métissages mais sur la manière dont on fabrique concrètement de l’endogène avec de l’exogène, nous les appelons des « objets-frontières ». A l’intersection d’ensembles culturels distincts, il constituent un espace de significations où cohabitent l’ici et l’ailleurs, où, par le biais de la culture matérielle, s’entrecroisent et se traduisent des univers de sens.

Au-delà des objets stricto sensu, relèvent aussi des « objets-frontières », au sens large, les espaces publics ou privés où pièces européennes et extra-européennes, subtilement agencées, se côtoient jusqu’à former un tout : des cabinets de curiosités humanistes aux intérieurs mondialisés des collectionneurs actuels en passant par les salons exotiques bourgeois du XIXe siècle.

Au croisement de l’histoire interconnectée, des transferts culturels et de la culture matérielle, le programme se propose d’associer les approches d’historiens d’art et d’anthropologues pour explorer, à partir de cas concrets, les processus matériels et intellectuels d’appropriation en jeu dans les « objets-frontières ». A travers l’étude des configurations et des usages de tels objets, replacés dans les contextes politiques et culturels de leur époque, il s’agira aussi de mieux comprendre ce que la construction de l’identité européenne doit à l’élaboration, par l’art, d’un rapport aux Autres où coexistent souvent un violent désir de maîtrise et un sentiment de trouble fasciné.

A ce programme, dirigé par Sabine du Crest, historienne de l’art à l’Université Michel de Montaigne (Bordeaux III), participent Rémi Labrusse, historien de l’art à l’université Paris-Ouest Nanterre – La Défense (Paris X), et, pour le Laboratoire d’anthropologie sociale, les ethnologues Monique Jeudy-Ballini (CNRS) et Brigitte Derlon (EHESS). Sandra Aube, historienne d’art, est post-doctorante au sein de ce programme.

Un carnet de recherche fait état des avancées de ce programme. Les recherches entreprises donnent lieu à un séminaire collectif à l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Paris) pour l’année 2013-2014. 

Dernière mise à jour le 13/02/2014   
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