Type et date de soutenanceSoutenance de thèse

Cosmos ette. Ethnographie d'un univers du Nord de la Colombie

Juan Camilo Nino Vargas

Résumé, En partant des idées formulées par C. Lévi-Strauss dans son œuvre La potière jalouse, cette thèse prend les réalités mythique et empirique comme un tout afin de convertir le cosmos entier en objet ethnographique. Dans les grandes lignes, nous proposons un exercice de navigation entre le pays servant du décor pour les mythes et celui où se déroule la vie quotidienne pour démontrer qu’elles font partie d’un seul et même continent. Il s’agit, en fin de compte, de sauter de l’ethnographie à la cosmographie afin de mettre en lumière un ordre ontologique général.  Un cosmos en particulier sera pris pour mener à bien l’exercice proposé. La thèse est consacrée à l’univers des Ette, connus aussi comme Chimila. Il s’agit d’un petit peuple assez méconnu, composé d’un peu plus de mille personnes, parlant une langue de la famille chibcha et habitant les plaines traversées par la rivière Ariguaní au Nord de la Colombie. L’objectif est de recomposer l’ordre, la constitution et la dynamique de leur cosmos. En prenant le monde mythique comme un atlas pour l’exploration du monde terrestre, on vise à découvrir, décrire et analyser l’ordre des régions et des êtres formant l’univers ; la place que les humains occupent et les relations qu’ils entretiennent avec les non-humains ; et, enfin, les processus de changement auxquels cet ensemble est soumis. Bref, les efforts se concentrent à définir le schéma général et collectif qui gouverne l’objectivation du monde, l’établissement de relations et la génération de connaissances et de pratiques.  La stratégie principale mise en œuvre pour atteindre cette série d’objectifs sera la conciliation de deux modèles contrastants de l’univers présents chez les Ette : l’un dérivé des mythes et l’autre inféré des pratiques. Le premier, dont parlent les traditions orales, est celui d’un cosmos composé par des régions superposées, organisées diamétralement du haut vers le bas sur un axe vertical. D’après cette représentation discursive, un pays céleste habité par des êtres immortels se lève sur les hauteurs, la terre servant de foyer à l’humanité se trouve au milieu et, enfin, un antre réservé aux morts et colonisé par des bêtes repose dans les profondeurs. Le second, qui se reflète dans les activités quotidiennes, est celui d’un monde formé par des secteurs enveloppants, ordonnés concentriquement de l’extérieur vers l’intérieur sur un plan horizontal. Selon cette configuration de l’espace habité, une ceinture de forêts contrôlées par des esprits se dresse à la périphérie, une région parsemée de champs de culture ouverts par les hommes prédomine au milieu et, finalement, une aire dominée par la maison, les potagers et les animaux domestiques de femmes se trouve sur le point central. Ces deux modèles sont dynamiques et sont associés à des mouvements aux étapes, aux directions et aux cadences préétablies. Les processus les plus importants sont, dans le premier cas, les cycles cosmiques de destruction évoqués par les histoires mythiques et, dans le second, les transformations du paysage occasionnées par l’agriculture itinérante.   La conciliation du modèle fourni par les mythes et de celui dérivé des pratiques se fait pas à pas. L’œuvre est divisée en quatre parties au cours desquels nous démontrerons progressivement comment les régions cosmiques décrites par les traditions mythiques correspondent avec les domaines mondains distingués dans la vie quotidienne. L’élucidation des principes de l’ordre derrière l’objectivation du cosmos pensé et vécu par les Ette sera le résultat d’un interminable va-et-vient entre les discours formulés par la pensée mythique et les pratiques concrètes déployées dans les forêts, les jardins et les maisons., Jury,

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  • M. Philippe Descola (Directeur de thèse), EHESS
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  • Mme Florence Brunois, CNRS
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  • M. Ernst Halbmayer, Universität Marburg (Allemagne)
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  • Mme Anne-Marie Losonczy, EPHE
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  • M. Perig Pitrou, CNRS
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  • M. Alexandre Surralles, EHESS
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