Séminaires du Laboratoire |

Séminaire interne

Dans ce séminaire sont discutés alternativement les travaux des chercheurs, des doctorants du Laboratoire et de chercheurs invités.

Il s'agira pour les intervenants d'évoquer l'actualité de leurs recherches : des données, des réflexions, un colloque, un ouvrage ou article en cours.


Horaires : un mercredi par mois de 17h30 à 19h30.

Lieu : Salle de lecture de la bibliothèque Claude-Lévi-Strauss, Collège de France, site Ulm (3 rue d'Ulm, 75005 Paris).

Programme :

23 novembre 2016 : Kirsten Hastrup (Department of Anthropology, University of Copenhagen) : "Vital Materials in the High Arctic: An Analysis of Agentive Assemblages in a Hunting Community"

Résumé: The presentation will analyse social life in Northwest Greenland (Thule) as constituted by climate, materials, and animals. Even though practically isolated from other human communities, the Northwest Greenlanders were always and inevitably embedded in global processes of motley kinds. They have been part of a collective of agents that has shifted both the place and the community around at various turns. On the basis of the analysis, it is suggestedthat anthropological sensitivities to detail may contribute to the general understanding of life in the Anthropocene in unexpected ways.

14 décembre 2016 : Nicolas Lainé (Chercheur associé, Laboratoire d'anthropologie sociale) : "Devenir un éléphant de village (xang ban) : capture, socialisation et collaboration intra- et inter-espèces parmi les communautés homme-éléphant en Inde et au Laos"

18 janvier 2017 : Katerina Kerestetzi (CNRS, Laboratoire d'anthropologie sociale), présentation de son documentaire réalisé avec Grégory Fornal : "Les morts du palo monte (Cuba)". 

Résumé: Les adeptes du culte afro-cubain du palo monte, les paleros, ont la réputation d’être des sorciers rapides, efficaces et bon marché. Ces praticiens généralistes aident leurs clients à soigner une maladie, à redonner du piment à une relation amoureuse vacillante, ou encore à régler un conflit professionnel. Les paleros doivent leurs pouvoirs exceptionnels à l’esprit d’un mort qu’ils ont domestiqué et avec qui ils partagent le même toit. Les morts habitent littéralement chez eux : ils bavardent avec eux, mangent, boivent et fumentavec eux. Dans ce film, les paleros dévoilent la manière dont le mort s’immisce dans leur vie quotidienne et nous parlent des aspects intimes de leur relation à cet être qui est à la fois leur dieu et leur esclave, la solution et parfois la cause de leurs maux.

22 février 2017 : Charles Stepanoff (EPHE/LAS): « Les régimes d’imagination en Subarctique. Contribution à la question : comment nous avons perdu nos rêves ».

29 mars 2017 : Cyril Menta (EHESS/LAS) :  "Libéralisation des relations avec le monde invisible. Transmissions interethniques et conflits internes (Pankararu et Pankararé du Nordeste du Brésil)"

Discutante : Anne-Christine Taylor

Résumé : Dans le Nordeste du Brésil, un processus récent de convergence rituelle des populations indigènes succède à un mouvement historique de conversion religieuse. Depuis les années 1970, de nombreuses populations apparaissent sur la scène politique nationale afin de revendiquer leur reconnaissance officielle et la démarcation de leur territoire. La FUNAI (Fondation Nationale de l’Indien – organe tutélaire) leur impose alors la connaissance du rituel du toré pratiqué notamment par les Indiens Pankararu. En vertu d’une origine commune – la mission jésuite de Curral dos Bois – les Indiens Pankararé vont solliciter l’aide des Pankararu. Leurs pratiques rituelles avaient été au centre de leur reconnaissance officielle, obtenue en 1943. En se fondant sur des données recueillies chez les Pankararu et les Pankararé, cette présentation sera l’occasion d’analyser quelques-unes des conséquences induites par les transferts d’éléments culturels ayant lieu dans la région.
Certains pajés (guérisseurs) pankararu voyagent chez les Pankararé afin de leur enseigner les pratiques requises : danses, répertoires musicaux et confection de praiás (masques rituels). Ces rituels ne sont cependant pas de simples représentations culturelles et impliquent un engagement et des connaissances personnelles : la faculté de rêver et d’établir par ce biais des communications avec des encantados (êtres enchantés) est également enseignée. Les Pankararé ont ainsi pu constituer leur propre panthéon. Ils ont également eu l’autorisation d’utiliser certains praiás pankararu, alors que ces pratiques sont formellement prohibées au sein des Pankararu. En effet, quelques troncos velhos (grandes familles fondatrices) se partagent le pouvoir décisionnel ainsi que les activités rituelles. Elles sont les dépositaires des relations avec les encantados. Ces transgressions extra-ethniques engendrent chez les Pankararu une libéralisation des relations avec le monde invisible accompagnées de matérialisation. Tout individu faisant montre de relations particulières avec une entité acquiert du prestige. Chanter, posséder un ou plusieurs praiás, ouvrir un salão de cura (salon de guérison) sont autant de manières de donner à voir des relations individuelles avec le monde encantado.
J’analyse ces transferts d’éléments culturels en termes de transmissions : mon approche est celle d’une pragmatique des transmissions de l’action rituelle d’une population à une autre, sensible à l’évolution de ces rituels et à la manière dont ces transmissions affectent à la fois la population réceptrice – ici les Indiens Pankararé – et la population émettrice – les Indiens Pankararu.
 

26 avril 2017 : Verónica Calvo (docteure associée au CERI (Sciences Po/CNRS)) : "Les trames de soi. Ethnographie de la fabrication d’un sujet (village de Tarabuco, Andes méridionales boliviennes)"

Discutant : Philippe Descola

Les trames de soi cherchent à montrer la fabrication d’étoffes constituées de différents rapports au monde à partir desquelles les habitants de Tarabuco, village quechuaphone des Andes méridionales boliviennes, parviennent à être sujet de droit de l’Autonomie Indigène Originaire Paysanne (AIOC). Ce nouveau régime d’autogouvernement indigène a été instauré dans la Constitution bolivienne de 2009. Pour basculer dans ce régime, les peuples et nations indigènes doivent rédiger une carta magna locale appelée « statut d’autonomie » qui inscrit et définit leur appartenance à une culture, à une histoire et à un territoire communs. Or, c’est  cet exercice même de définition qui a été à l’origine de conflits internes à la localité de Tarabuco. Ces rivalités dépassent cependant le cadre de la rédaction du statut d’autonomie : les membres des différentes organisations locales convoitent le « dire-vrai » à propos de cette culture et de cette histoire qui doivent être définies pour accéder à l’AIOC. Pour ce faire, ils font montre de leur capacité de se connaître eux-mêmes et procèdent à l’objectivation de certains éléments et pratiques de la vie sociale dans lesquels la qualité de sujet et d’objet est bien plus instable, incertaine et changeante. L’ambigüité et l’incertitude sont caractéristiques de l’action de tramer. Au moment du tissage, activité centrale à Tarabuco, les doigts de la tisserande se confondent avec les fils. La navette, outil propre au tissage, devient un prolongement de la main. Par ailleurs, « tramer » une intrigue implique nécessairement l’occultation de l’identité des sujets ainsi que la nature de leurs actions ou objets. Les trames de soi, titre la thèse que j’ai récemment soutenue, s’empare de l’ambigüité propre à l’action de tramer ainsi que de l’importance du tissage dans la vie sociale de Tarabuco, pour faire de la trame un concept-métaphore me permettant de restituer l’opération complexe par laquelle se constitue un sujet humain soumis à l’injonction de se définir tout en partageant au quotidien la qualité de sujet avec d’autres entités. En effet, au quotidien, la forme de subjectivation véhiculée par l’injonction de se définir s’estompe au profit d’une organisation de la vie sociale dans laquelle divinités, artefacts, plantes et animaux sont consubstantiels et jouent un rôle de premier ordre.

Dans cette présentation, je souhaite revenir sur les principaux résultats de cette recherche et proposer de réinterroger la question du sujet à la lumière de la trame photographique qui se tisse entre des images réalisées, pendant mon terrain, par des habitants de Tarabuco, à l’occasion de la mise en place d’une enquête ethno-photographique à caractère expérimental.

 

Contact :

Florence Brunois-Pasina , Hiav-Yen Dam

Dernière mise à jour le 24/04/2017   
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